10 Septembre - 21 Novembre 2026

Dedans / Dehors

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Philippe De Gobert : Dedans / Dehors (4)


 


                                                                                                                                            


Cette nouvelle exposition de Philippe De Gobert rassemble une suite de photographies prises à Bruxelles portant toutes le même titre Dedans / Dehors suivi par leur numéro.


Chacune témoigne d’une proximité de propos artistiques mettant en évidence leur commune identité.


 


Contrairement aux suites précédentes de maquettes d’intérieurs d’atelier d’artistes où ne subsistaient plus que quelques cadres vides retournés au sol contre les murs, de vieux pots de peinture contenant des pinceaux, des récipients divers ou des outils d’atelier, cette nouvelles suite de photographies d’ateliers privilégie, au-delà de quelques menus rappels des travaux antérieurs qui y ont été menés, les vues extérieures offertes depuis leurs fenêtres, qui deviennent le principal propos de cette série.


 


Dans de précédentes vues d’ateliers rappelant un séjour de travail à New-York, leurs fenêtres ouvertes vers la ville s’intéressaient déjà aux façades des quartiers de la vie artistique new-yorkaise tandis que d’autres se centraient sur les toitures supérieures des anciens buildings du Manhattan de la première moitié du XX° siècle, révélant les réservoirs d’eau typiques de cette époque. Ces vues de réservoirs n’avaient pas été photographiées mais peintes par Philippe De Gobert pour être ensuite intégrées dans l’espace des fenêtres des œuvres définitives, confirmant ainsi leur caractère illusoire.


 


L’actuelle exposition renouvelle totalement son champ d’investigation et annonce dès le choix de son titre Dedans / Dehors une rupture autant stylistique qu’artistique avec l’ensemble de ses recherches antérieures. Ces photographies sont exposées sans encadrement apparent. Contrairement aux précédentes, tout en conservant la même rigueur de propos, les différents Dedans qu’elles proposent à nos regards ne présentent plus que quelques rares allusions aux travaux antérieurs qui y auraient pu y être menés. C’est bien la seconde partie de titre, le Dehors, qui constitue désormais le propos principal et attire les premiers regards.


 


Chacune de ces photographies incite en effet les visiteurs à centrer leur attention sur les fenêtres toutes ouvertes vers les différents paysages urbains qu’elles proposent pour quitter immédiatement l’espace intérieur où ils sont censés se trouver et ne plus tenir compte que de la découverte des espaces extérieurs.


 


Ceux-ci développent une suite de façades arrière de constructions diverses, maisons d’habitations, bâtiments officiels ou de bureaux, ruines abandonnées ou en attente de restauration ou de reconstruction. Toutes imposent leurs différences et leurs contrastes avec le calme et la tranquillité des ateliers où se constituaient les premiers regards sur le Dedans.


 


Ces vues sont prises depuis les fenêtres arrière de différentes maisons bruxelloises, ou depuis celles des trains de la Jonction reliant la gare du Midi à la gare Centrale. Au-delà de l’affirmation de leur unité de propos, cette mise en évidence fait également apparaître, dans son refus de toute recherche esthétique ou stylistique, le rejet de la moindre ostentation architecturale.


 


Le rappel par Philippe De Gobert de la citation de Ludwig Wittgenstein « Où les autres passent, je m’arrête » prend ici toute son actualité. Elle remet en évidence l’importance des regards portés sur des réalités généralement occultées ou ignorées, considérées comme sans importance architecturale, voire sociale. Cette démarche s’oppose aux regards et aux réflexes des passants ou des promeneurs attentifs aux lumières de la ville et à leurs beautés ainsi qu’aux affirmations esthétiques, stylistiques ou historiques des diverses ostentations architecturales censées attirer leur attention tout au long de leurs pérégrinations.


 


Cette mise en évidence d’aspects quasi négligés, bricolés ou carrément chaotiques de ces ilots intérieurs révèle en effet, qu’ils sont délibérément dénués de toute recherche architecturale ou urbanistique.


 


Une deuxième différence notoire avec les œuvres antérieures de Philippe De Gobert vient affirmer dans chacune de ces photographies et au-delà de la diversité des regards qu’elles proposent, la priorité donnée à la lumière qui émane de chacune de ces vues vers l’extérieur. Toutes diffusent différentes intensités lumineuses : celle puissante des heures du midi, affirmant la netteté des couleurs et la diversité  des détails urbains qu’elle inonde ; celle de la tombée du jour où apparaissent les signes avant-coureurs de la pénombre prochaine et de l’intensification progressive de l’éclairage urbain ; enfin celle de la nuit avec les contrastes offerts par la diversité des luminosité artificielles qui se dégagent des différentes fenêtres de ces intérieurs urbains.


 


Les propositions de cette série composent ainsi une suite de regards «bien tempérés» d’une rigueur sans faille. Elles nous confirment une fois de plus la distance prise par Philippe De Gobert dans l’ensemble de son œuvre avec la photographie documentaire ou événementielle. Elles révèlent toute l’attention qu’il porte à l’intelligence du signifié de son concept artistique pour exprimer visuellement ce que regarder et voir peuvent dire tout en incitant la réflexion à dépasser le simple constat de l’information immédiate.


 


 


 


Michel Baudson,


Bruxelles, juillet 2026


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