9 Septembre - 29 Octobre 2016

Reapropriaciones

-

Pour son inauguration, LMNO propose la première exposition personnelle en Belgique de l'artiste Franco-Colombien Marcos Avila Forero (né en 1983. Vivant et travaillant entre Paris et Bogota).



Ce qui frappe dans le travail de Marcos Avila Forero est la conjonction entre sa capacité à nous ouvrir les yeux sur des injustices ou les faits méconnus de l'histoire contemporaine et son empathie vis-à-vis des acteurs participant(s) à la création de ces ?uvres. Par son talent il en dégage des projets aux qualités esthétiques indéniables.


« Reappropriaciones » un titre qui sonne comme un mot d'ordre. L'un des questionnements centraux de sa pratique étant, par ailleurs, la lutte pour la conservation des terres agricoles et la dignité des agriculteurs face aux propriétaires.
Cette exposition regroupe un ensemble d'?uvres permettant de découvrir l'étendue de sa pratique depuis 2013 jusqu'à ses projets les plus récents. On y découvre, entre autres, des ?uvres de la série « Estenopéicas Rurales ». Il s'agit de tryptiques réalisés à l?aide de sténopés de fortune posés dans les petites habitations d'agriculteurs Colombiens. Le temps de pause extrêmement long donne naissance à des portraits fantomatiques.



Pour l'?uvre « Zuratoque » (du nom d'un bidonville de la région de Santander en Colombie), l'artiste a demandé à des familles, expulsées de leur lieu de vie par la violence du conflit armé, d'écrire l'histoire de leur déracinement sur des sacs en toile de jute. Ces derniers étaient ensuite détissés et les fils réutilisés pour fabriquer des « alpargatas » (sandales traditionnelles) comme si leurs mémoires se mettaient en action.



Dans « TIROFIJO », «le tir convaincu», il utilise une photographie inscrite dans l'inconscient de tous les Colombiens. Elle montre quelques paysans au moment précis de leur basculement en tant que guérilleros. L'artiste a agrandi l'image de telle sorte que les personnages existent à l'échelle réelle. Il les a positionné afin que ces silhouettes se présentent dans un espace tridimensionnel. Ensuite, durant 50 jours, un sténopé a enregistré cette image réorchestrée. Tout est là, mais en même temps, un curieux sentiment de tromperie surgi identique à la situation politique de la Colombie ancienne et contemporaine.



« Palenqueros » résume bien l'ampleur que prennent systématiquement les projets de l'artiste. Parrainé par Giuseppe Penone, (son ancien professeur à l'ENSBA de Paris), ce prestigieux projet a été financé par la Fondation d'Entreprise Hermès en 2013. Il a bénéficié d'une résidence collaborative avec les artisans de la maroquinerie de Nontron en Dordogne. Opérant une réflexion sur le commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique du Sud, il a souhaité réinterpréter la fabrication d'un ensemble de cinq tambours de la culture Palanque, communauté issue, à l'époque coloniale, de territoires rebelles bâtis en Amérique Latine par des fugitifs noirs. Les savoirs de maîtres tanneurs, cordeliers, merrandier ont été activé afin de réaliser les tambours qui par la suite furent utilisés par des musiciens bantous.



« Arquitecturas de la memoria » est une édition réalisée en partenariat entre le Palais de Tokyo et la Galerie de Multiples. La photographie témoigne d'une architecture violentée par le conflit. Le texte mêlé témoignage et ressenti poétique de l'artiste. Chaque exemplaire étant lié à un chapitre différent. Ce multiple incarne la volonté de LMNO de proposer aussi une accessibilité financière au travail d'artistes de qualité.